article · Les Cahiers d Afrique de lEst
Kigali fait partie des villes d’Afrique de l’Est ayant connu une évolution spatiale et physique rapide à partir des années 2010. L’artificialisation des terres progresse au détriment des espaces boisés à cause de la densification du bâti et des routes bitumées ou pavées. Ces dynamiques urbaines contribuent au développement des îlots de chaleur. La littérature scientifique positionne les îlots de chaleur comme un enjeu environnemental et sociétal important à cause des impacts sur la santé humaine. Très peu d’études sont cependant menées à l’échelle des villes africaines afin d’identifier et d’étudier ce phénomène dans les politiques et l’aménagement urbains. Le premier objectif de cet article est d’analyser, avec un recul temporel de trois décennies, l’extension urbaine de la ville de Kigali et ses conséquences sur l’évolution des températures de surface. Le deuxième objectif est d’identifier les quartiers les plus concernés par les îlots de chaleur. Nous analysons l’évolution de la tâche urbaine à partir des informations extraites d’images satellitaires (Landsat) de 1984, 2010 et 2021. Des données sur les températures de surface ont été dérivées de ces images. Des données de températures journalières de l’air sur la période 1984-2018 ont également été utilisées afin d’explorer les tendances des conditions thermiques et des îlots de chaleur urbains. Le travail repose également sur des observations de terrain et l’analyse de documents d’archives (photographies et textes sur l’histoire récente archivés à la bibliothèque publique de la ville de Kigali). Les résultats révèlent que l’évolution spatio-temporelle des surfaces chaudes suit la même trajectoire que l’extension de la tâche urbaine, du centre historique vers les limites est et sud de la ville. Même si Kigali est toujours considérée comme une ville verte, grâce à la présence de nombreux espaces boisés et de quelques reliques forestières, certains quartiers, notamment le centre-ville et Remera, très minéralisés, sont presque dépourvus de végétation et apparaissent comme des îlots de chaleur. Les températures journalières minimales de l’air au centre-ville sont toujours plus élevées que celles observées à l’aéroport international de Kigali, situé en périphérie de la ville. Ces différences peuvent atteindre 1,5 °C au cours des années exceptionnelles, comme en 1998, confirmant le développement d’un îlot de chaleur urbain à Kigali. Cet îlot de chaleur pourrait s’amplifier dans le contexte du réchauffement climatique actuel. L’identification et le suivi des surfaces chaudes peuvent être un outil des politiques d’aménagement urbain et de santé publique, notamment par la création d’îlots de fraîcheur et la sensibilisation des populations exposées.
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DOI: 10.4000/eastafrica.4500
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